News

01.05.2012

Communiqué de presse du Groupe de travail sur l'environnement en Birmanie (BEWG)

Le 22 mars 2012, une coalition d’organisations birmanes appelées le Groupe de travail sur l'environnement en Birmanie (Burma Environmental Working Group (BEWG) a publié des critères de références  sur la question des investissements en Birmanie dans les domaines énergétiques, des industries extractives et du secteur foncier pour servir de cadre à des investissements responsables dans ces secteurs de premier plan. La publication de ces critères intervient à un moment clé puisque les démocraties occidentales envisagent d’assouplir ou de supprimer les sanctions économiques à l’encontre de la Birmanie, et les entreprises et différents pays manifestent un intérêt accru pour investir dans le pays, en dépit d'un contexte d'investissement à haut risque. Le respect de ces critères de référence augmentera la probabilité que les investissements dans des secteurs historiquement liés à des violations des droits de l'homme et à des abus environnementaux bénéficieront à la population et ne porteront pas atteinte aux progrès politiques, sociaux et environnementaux de ce pays émergent du Sud-Est asiatique. L’augmentation des investissements depuis les années 1980, provenant notamment des pays voisins avides de ressources naturelles, y compris à travers la création de zones économiques spéciales (ZES) - a favorisé l’éclosion de violents conflits, entraîné des violations des droits de l'homme à l’encontre des communautés locales, menacé leurs moyens de subsistance traditionnels et leurs modes de vie, et causé des dommages irréparables sur l'environnement.

 

Téléchargez le document ci-dessous.

BEWG_INVESTISSEMENTS_FR.pdf

15.04.2012

Le groupe Total devenu une arme de corruption massive

Le Monde, 13 avril 2012

par Eva Joly, candidate EELV à l'élection présidentielle

Christophe de Margerie, je n'ai pas le plaisir de vous connaître. En tant que PDG de Total, vous évoluez dans un milieu, le pétrole, qui n'est pas le mien. Mais vous n'en influencez pas moins ma vie de tous les jours et celle de millions de gens enFrance et dans le monde. Vous polluez les rues des villes où je respire, vous empoisonnez les côtes de l'Atlantique où j'aime vagabonderVous soutenez des régimes, en Birmanie ou en République duCongo, que je combats. Bref, nos chemins se croisent mais pas pour le meilleur.

Alors qu'une scandaleuse décision de la Cour de cassation pourrait annuler votre condamnation, les habitants des côtes de Bretagne et de Vendée sont encore sous le choc provoqué par la marée noire de l'Erika le 12 décembre 1999 : des dizaines de milliers d'oiseaux mazoutés, des plages souillées, le tourisme décrédibilisé, des milliards de dégâts. Elle laisse une population encore traumatisée par ce qu'elle considère, à juste titre, comme une agression contre son territoire et son identité. L'Erika n'est pas un accident. De l'affréteur au donneur d'ordres, de l'armateur au bureau de recrutement, tous sont responsables et coupables... Y compris vous. La moitié de la flotte internationale, tous transports confondus, navigue sous pavillon de complaisance du Panama, de Malte, desBahamas, du Liberia ou de Chypre.

C'est la chaîne de la souffrance humaine où des marins venant de pays surexploités sont asservis dans des bateaux rouillés qui vont dégazer et s'échouer sur nos côtes. Ces crimes ne vous empêchent pas, bien au contraire, de continuer à vous enrichir. Les Français savent que Total affiche chaque année les plus gros profits jamais réalisés par une entreprise française. Le bénéfice atteint, pour 2011, plus de 12 milliards d'euros.

Dans le même temps, Total payera seulement 300 millions d'euros d'impôts sur les sociétés en France, soit à peine 2,4 % de ses bénéfices ! En 2011, le groupe n'avait pas payé d'impôts sur les sociétés, car ses activités françaises étaient "déficitaires" ! Pourtant, vous n'hésitez pas à licencier vos salariés sacrifiés comme à la raffinerie de Dunkerque ou à vous dégager de vos responsabilités dans des accidents industriels, comme celui d'AZF à Toulouse en 2001.

Les prix flambent, les profits aussi, mais les peuples trinquent. Mais vous vous obstinez à continuer dans cette voie sans issue jusqu'à la dernière goutte de pétrole. Aujourd'hui vous n'arrivez pas à stopper la fuite de gaz sur la plate-forme Elgin, en mer du Nord. Au Canada, mais aussi au Venezuela et àMadagascar, Total investit dans la manière la plus chère et la plus sale de produire du pétrole : les sables bitumineux. Au Canada, l'exploitation des sables bitumineux a déjà détruit 3 000 km² de forêts.

Mais vous n'êtes pas seulement redevable de comptes sur vos crimes environnementaux. Vous êtes poursuivi pour complicité d'abus de biens sociaux, corruption et complicité et recel de trafic d'influence, pour corruption d'agents publics étrangers en Irak, en Iran ou au Cameroun. La première entreprise de France est devenue une arme de corruption massive. La corruption est intrinsèque à l'exploitation du pétrole depuis la naissance de cette industrie.

Pratiques douteuses

Les commissions occultes, les pots-de-vin au grand jour, le financement politique sont des spécialités qui ont permis de structurer une industrie qui repose sur le pillage des matières premières et les échanges inégaux avec des Etats du Sud. Au lieu d'investir dans la recherche des énergies renouvelables, vous avez gaspillé votre temps et votre énergie à garder et à conquérir des parts de marché et des zones de forage partout dans le monde, au mépris de la vie des peuples concernés. Je m'intéresse à Total depuis longtemps. Dans une autre vie, le procès de Roland Dumas et d'Alfred Sirven m'avait instruite sur les pratiques du groupe pétrolier Elf, qui a été absorbé depuis par votre groupe.

Face à vos pratiques douteuses, noires comme la couleur de votre pétrole, nous devons en finir avec l'impunité des entreprises de criminels en col blanc. Il faut en France créer un pôle environnemental au sein de la justice, chargé de regrouper l'ensemble des affaires concernant les entreprises qui commettent des délits et des crimes écologiques. Nous devons aussi créer une organisation mondiale de l'environnement, dotée d'un pouvoir de sanction, et instaurer, au sein de la Cour pénale internationale, une section jugeant les crimes écologiques pour réprimer le type de délinquance dont vous vous rendez coupable.

Vous ne pouvez continuer à bénéficier de l'impunité totale. Le seul principe que vous appliquez dans la réalité, c'est le principe de complaisance qui consiste à masquer sa responsabilité derrière une irresponsabilité fabriquée de toutes pièces et garantie par l'Etat. Je vous oppose les principes de responsabilité et de précaution. Un mot nous sépare : l'éthique. Mais ce seul mot crée un fossé entre votre monde, celui d'un Madoff planétaire de l'environnement, et le mien.

 

Article disponible au lien suivant: http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/13/le-groupe-total-devenu-une-arme-de-corruption-massive_1685250_3232.html

13.04.2012

Aung San Suu Kyi est élue mais dans l'Etat Kachin la guerre se perpétue

 

Dans l'Etat  Kachin, au nord de la Birmanie, les élections n'ont pas eu lieu. Elles ont été annulées pour des raisons de sécurité car la guerre continue entre les forces gouvernementales et les rebelles Kachin.

Là où aucune agence d'aide ni aucun journaliste n'est autorisé à se rendre, Sue Lloyd Roberts (reporter) and Tony Joliffe (cameraman) de la BBC ont réussi à accéder à cet zone interdite pour réaliser ce reportage édifiant.

 

Pour voir le reportage de la BBC, cliquez sur le lien ci-contre: http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-17613247

04.04.2012

Les quatre leçons de Rangoon

Par BERNARD GUETTA

C’est tout simplement magnifique, mais il n’y a pas que l’émotion. Après quinze années de prison et d’assignation à résidence, Aung San Suu Kyi a donc gagné. Mondialement admirée pour la constance avec laquelle elle a opposé la non-violence à la brutalité des militaires régnant sur la Birmanie depuis un demi-siècle, la Prix Nobel de la paix a été élue dimanche députée d’une circonscription rurale du sud de Rangoun, la plus grande ville et ex-capitale de son pays. Sa victoire est aussi noble et enthousiasmante que celles de Gandhi, Martin Luther King ou Nelson Mandela. Mais attention ! Pour cette si grande dame, si forte et si fragile, la partie sera encore plus difficile demain qu’elle ne l’était hier car tout lui reste à faire, sans autres moyens que la ferveur populaire qui l’entoure et la dynamique de son élection. Ce n’est pas rien. C’est beaucoup. C’est énorme. Mais l’émotion ne peut pas faire oublier la réalité.

En lui permettant de se faire plébisciter dans des élections partielles, les généraux birmans n’ont fait que lui concéder une liberté surveillée. Aung San Suu Kyi et les 36 autres élus de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, siégeront dans un parlement où les militaires et leurs hommes seront dix fois plus nombreux. Ils pourront s’y faire entendre, utiliser cette tribune, bénéficier d’une immunité parlementaire. Sans doute pourront-ils même s’y rallier des soutiens d’élus en place aspirant, eux aussi, à ce vrai changement qu’une partie de l’armée souhaite aussi. C’est un autre jour qui commence mais la dame de Rangoun devra savoir à la fois consolider cette avancée politique, l’accompagner de progrès sociaux sans lesquels l’enthousiasme d’aujourd’hui reculera. Aller vite mais ne pas brusquer les choses et, surtout, canaliser la révolte des minorités ethniques qui constituent un tiers de la population.

Les Birmans n’occupent que le cœur de leur pays. Aux frontières montagneuses de l’Inde, du Bengladesh, de la Chine, du Laos et de la Thaïlande, sur tout son pourtour terrestre, la Birmanie est faite d’une mosaïque de petits peuples (Nagas, Chins, Kachins, Was, Chans ou Karens) que rien n’est venu intégrer à un pays dont ils rejettent l’autorité. Par les armes ou la désobéissance civile, ces peuples se battent pour leur indépendance ou une totale autonomie. C’est largement à cause de ces sécessionnismes que, quinze ans après la fin de la colonisation britannique, l’armée avait pris les commandes en 1962 mais elle n’a jamais pu les briser. Auprès de ces peuples, Aung San Suu Kyi bénéficie d’un crédit moral hérité de son père, artisan de l’indépendance birmane qui avait su gagner leur confiance. L’armée a longtemps été leur adversaire commun mais il n’est pas prouvé qu’ils voudront laisser du temps à la nouvelle élue et ne préféreront pas pousser l’avantage dans cette période d’entre-deux. Si les guérillas des frontières redoublaient d’intensité, la dame de Rangoun se trouverait dans une situation encore plus impossible à gérer et ce moment birman vient ainsi rappeler l’incertitude et la difficulté des transitions démocratiques.

C’est sa première leçon mais il en est trois autres, nettement plus encourageantes. L’une est que l’arme de la non-violence tend toujours plus à remplacer celle de la violence depuis le triomphe des révolutions de velours en 1989. Une autre est que la démocratie continue de marquer des points dans le monde. Elle a considérablement progressé dans l’ex-bloc soviétique, malgré la pérennité de Vladimir Poutine et des nouveaux potentats d’Asie centrale. Elle a balayé les dictatures militaires qui dominaient l’Amérique latine jusqu’à la fin des années 80. Elle ébranle le monde arabe et creuse son sillon sur le continent africain. Comme en Chine, la démocratie demeure inexistante ou de pure façade dans beaucoup de pays mais, en un quart de siècle, elle s’est étendue à un rythme sans précédent dans l’histoire parce que les nouveaux moyens de communication favorisent la contagion de la liberté et que la fin de la guerre froide a affaibli des dictatures que l’Union soviétique ou les Etats-Unis protégeaient jusqu’alors.

Quant à la quatrième leçon de Rangoun, elle est que les sanctions économiques internationales, loin d’être dérisoires, sont efficaces. Elles ne font jamais plier d’un coup les dictatures. Il leur faut du temps pour faire sentir leurs effets mais, sans elles, les généraux birmans, qui n’avaient plus que la Chine avec laquelle commercer, n’auraient pas fini par assouplir la censure, libérer des prisonniers politiques, accepter des élections libres et ouvrir ainsi la voie à ce qu’Aung San Suu Kyi appelle «une nouvelle ère».

 

Article disponible au lien suivant : http://www.liberation.fr/monde/01012400234-les-quatre-lecons-de-rangoun

 

03.03.2012

Tourisme en Birmanie

Happy World - Birmanie, la dictature de l'absurde from Happy World on Vimeo.